2.1. Alejandro Erbetta. Reprises | Sur l’emprunt aux photos de famille et aux images d’archives

La majorité des réflexions à l’égard de mon projet de thèse portent sur ses dimensions théoriques et, plus récemment, éthiques. Je rencontre un problème auquel on se confronte souvent en recherche-création : le projet artistique devient de plus en plus insaisissable tandis qu’il était au départ ce qui semblait le plus clair. Je me demande entre autres comment rendre compte de la mémoire familiale, donc intime, et de la mémoire historique chilienne sans tomber dans les clichés, particulièrement en photographie. 

Sur le 4e de couverture du livre Frontières et mémoire. Journal de recherche (2014) d’Alejandro Erbetta, on parle de lui comme d’un artiste-chercheur. « Il est artiste : il travaille à partir de la photographie. Il est chercheur : actuellement il prépare un doctorat ». Il est aussi Argentin, expatrié pour ses études à Paris. Pour Reprises, il a suivi les traces des migrations de sa famille : « des photographies tirées d’albums de famille et des récits familiaux s’entrecroisent avec les photographies prises lors de [s]es voyages dans la région d’origine de [s]es ancêtres – le nord de l’Italie -, et également avec des archives et des documents historiques retrouvés sur place. » (2014 : 10)

J’avais eu l’idée d’aller fouiller dans les albums-photo de ma famille pour y trouver les traces de notre mémoire familiale commune (j’ai amorcé ce travail entre autres en réfléchissant à ce que j’ai appelé mes « souvenirs appropriatifs », c’est-à-dire des souvenirs de ma vie au Chili et de notre exil que j’ai longtemps cru avoir construits moi-même à partir d’événements vécus, mais qui se sont avérés à n’être que des photos de famille qui s’étaient gravées dans ma mémoire d’enfant et avaient occupé les vides, les trous, le manque de récits), puis de travailler avec des archives, comme le font tant de photographes et de documentaristes. Cette pratique n’est pas très originale, pourtant elle m’émeut à chaque fois que je la rencontre. Ne pas imiter cette pratique, explorer plutôt ce qui, dans cette pratique, m’émeut tant (l’hommage? le déplacement de l’artéfact? l’élévation de l’image de famille en oeuvre d’art? la cohabitation d’images de différents registres? Le geste de glanage?). 

 Propos recueillis de Frontières et mémoire. Journal de recherche, 2014 d’Alejandro Erbetta (L’Harmattan, décembre 2014). Images recueillies du site web personnel d’Alejandro Erbetta. 

* * *

Retour à l’accueil de Formes | Éparpillements

Advertisements