Recherche-création (blogue)

Formes | Éparpillements est un espace de recherche artistique servant à la fois de pratique et d’outil utiles à mon projet de thèse en études et pratiques des arts. Ce texte vise à en expliquer le contenu, le sens et les objectifs.

Discours et débats en recherche-création

Mon projet de thèse porte entre autres sur la recherche-création, approche qui ne fait pas consensus dans le milieu académique et dont l’épistémologie est constamment renouvelée. Particulièrement en arts visuels, des débats parfois houleux ont depuis les années 2000 donné lieu à plusieurs textes publiés en Amérique du Nord et en Europe qui tentent de définir le rôle et les pratiques de ce qu’on appelle « l’artiste chercheur ». Ces ouvrages sont indispensables non seulement parce qu’ils ont le potentiel de modifier le milieu académique, dont la tendance à la normalisation sert de prétexte pour rejeter de ses programmes supérieurs des disciplines aussi mouvantes et diversifiées, mais aussi parce que les différentes positions que leurs auteur.e.s occupent sur l’échiquier de la recherche en arts soulignent la pluralité constitutive d’une telle approche. En contrepartie, comme l’indiquent Sandra Delacourt, Katia Schneller et Vanessa Theodoropoulou dans Le chercheur et ses doubles (2016), certaines productions théoriques sur la recherche-création ont quelque chose de paradoxal, puisqu’elles risquent de « défendre une pratique de recherche qui s’oppose à la normalisation, tout en définissant et lui appliquant des critères de normativité. » (2016 : 13)

Qui plus est, ce débats sur la recherche-création dans le milieu universitaire échouent souvent à inclure les artistes et leurs pratiques : « rares sont en effet les textes qui s’appuient sur de réelles pratiques artistiques, préférant circonscrire de manière abstraite ce qui pourrait former les traits généraux de la recherche en art au point de souvent tomber dans des considérations trop générales. » (2016 : 17) Ce faisant, de tels débats s’exposent à entretenir une hiérarchie déjà présente dans les études des arts où les discours des chercheurs et chercheuses se placent au-dessus de ce ceux que les artistes produisent au travers de leurs écrits et de leurs œuvres.

Déhiérarchisation et décloisonnement

À mon avis, la recherche-création est l’approche appropriée pour amorcer une relecture de ces discours de manière à déconstruire ces rapports de domination entre les milieux académique et artistique. Non seulement elle contribue à perturber les formes d’occlusion des disciplines et à ébranler « la hiérarchie des espaces de production du savoir, elle participe [également] à la déstabilisation des instances disciplinaires en tant que lieux de pouvoir. » (2016 : 19)

Pour appuyer ce postulat, il ne suffit pas de le nommer (dans un langage académique, de surcroît). Il m’apparaît crucial de mettre en pratique cette volonté de déhiérarchiser et de décloisonner les disciplines. C’est dans cette logique que je publie mes recherches artistiques en cours en privilégiant les œuvres et discours d’artistes que je rencontre, puis en accompagnant ces publications de brèves descriptions qui rendent compte des relations qui peuvent s’établir entre les formes de leur travail et de leur pratique, et mon projet artistique doctoral qui, dans l’éparpillement, cherche encore sa propre forme.

Formes | Éparpillements est donc un espace de partage du savoir autant qu’un laboratoire artistique dans lequel mes recherches sont publiées non pas comme des résultats empiriques, mais bien comme un processus, au fur et et à mesure de mes rencontres, de manière à rendre compte de la dimension performative de la recherche-création : si chercher c’est également créer, alors aussi bien transformer mon glanage de pratiques artistiques en publications.

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